En route dans le Morvan

« Le premier chemin – caminus initialis, le chemin de commencement et de l’initiation -,longe une scierie, descend vers la ferme de Vaufron, traverse le val Poirier et remonte sur lemont Libœuf, sombre colline barrant l’horizon sud d’une crête de sapins. Ces lieux-dits furentsouvent matière à flâneries. Cette fois, ils sont perdus dans la fluidité du chemin qui abolitleur identité locale.

En réalité, le vrai chemin de Compostelle sort de Vézelay par la Porte-Neuve et descend versAsquins. Dès le départ, nous bifurquons.

Les rives de la Cure déploient sous nos pieds un tapis d’œillets de poète, rose indien au cœurnoir, mais cueillir les fleurs n’est pas affaire de voyageur. Au pont du Montal, la Cure est untorrent impétueux dont le bruit couvre les voix. Plus on remontera vers sa source et plus ellesera indisciplinée. Sans doute la rivière, comme toutes ses sœurs, sort-elle à l’état sauvagepour trouver ensuite son cours paisible dans les vastes prairies en pente et sous les taillischaotiques de Morvan. La Cure ne sera pas pour longtemps notre fil d’Ariane ; deux, troisjours tout au plus. Au lac des Settons, le chemin se détachera pour toujours du lit de la rivière.Et nous ne cesserons de nous détacher des sillons naturels tracés par les géographies.


Nous serons pèlerins. Per agrum : de ceux qui vont au-delà du champ. Nous couperons,franchirons, enjamberons. Notre trajet ira en diagonale à travers les prairies, à travers lesmoissons, vers le champ de l’Étoile, ce Campus Stellae des confins d’Espagne. L’au-delàprévaudra jusqu’au bout : dépasser le champ, dépasser la limite, dépasser les forces. La vieilledevise des pèlerins, Ultreia – « Plus oultre » -, celle consistant à aller toujours au-delà, seravérifiée. Elle était déjà inscrite dans l’étymologie même. Ce n’est pas à proprement parler dela transcendance, mais plutôt de la « perandance ». Bien que souvent pour aller au-delà il soitnécessaire de passer par les hauteurs. Toute l’histoire des ponts relève d’une telle nécessité dese hausser pour enjamber.

A pied, vous n’effleurez aucun pays. Vous les foulez. Ils vous résistent. Vous les travaillezau corps. Ils vous rentrent dans les côtes, vous martèlent les muscles, vous brisent les reins– et les cœurs certes. Le Morvan est ainsi. Pour le comprendre, il faut s’élever vers sessommets, s’enfoncer dans son épaisseur granitique, se perdre dans ses bois enchevêtrésoù tous les chemins se ressemblent. Ce n’est pas un pays facile, le Morvan des anciensÉduens, de ces rudes guerriers, rebelles à l’invasion romaine. Un pays de résistance,cela se sent. Le brouillard convient à ses mystérieux tellurismes. Dans ce lointain, lestroupeaux de charolaises broutent sur les prairies en pente. Ruisseaux, rus, torrents arrosentabondamment le sol, et les filets blancs de la brume, comme des toiles d’araignées hautperchées, s’accrochent au faîte des sapins. On grelotte légèrement. Par endroits, les buissonsde myrtilles aux minuscules feuilles rondes signalent que le climat est sans doute plus rudequ’on ne croit. »

 

(Edtih de la Héronniere, La Ballade des pèlerins, Paris : Mercure de France, 1993, p. 22-24)

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Sprachen und Sprachpolitik entlang des Jakobsweges, Romanisches Seminar der CAU zu Kiel: 28.05.2013
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Congress Santiago (21./22.10.2011)
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